L’Afrique, la peur et le manque d’eau

Ça a commencé à la clinique du voyageur, quelques semaines avant de partir:

– Vous êtes à risque pour la typhoïde! que l’infirmière nous dit.

En plus, on pourrait se faire piquer par une malaria… Juste à y penser, je suis plus trop certain de vouloir partir. En posant quelques questions, j’apprends qu’il n’y a eu qu’un seul cas de malaria il y a un an chez un résident, dans la région où on va… Ça nous calme un peu…

Après, ce sont les commentaires des gens:

-C’est sécuritaire d’aller là?

-Vous êtes vraiment pas peureux!

Et il y a les statistiques :

-A Johannesburg, il mourra plus de gens par meurtre en une seule journée qu’à Montréal au cours de toute une année.

-Il y a 28% de chômage en Afrique du Sud

-Une personne (noire, évidemment) sur cinq est séropositive. L’espérance de vie des noirs est de 51 ans, contre 71 pour les blancs. Ça peut créer certaines frictions on imagine …

À ça s’ajoutent nos préjugés et tout ce qu’on a pu voir à la télé en Afrique : Boko Haram, les enlèvements, les guerres inter-ethniques, etc…

Pourtant, ce pays merveilleux est très facile à apprivoiser, pour la majeure partie. À aucun moment nous avons été menacés, même de loin.

Il y a bien eu un moment d’incertitude par contre. Nous étions dans la ville de Durban et j’ai un peu bad trippé! Ma blonde était à la recherche d’épices indiennes. Je sais, je sais on est en Afrique du Sud, mais la ville a une forte concentration d’Indiens. On trouve finalement sur Google un marché où il devrait y en avoir. On débarque là avec la voiture et on part à la recherche des fameuses épices. On marche quelques minutes, on demande notre chemin et on finit par trouver les fameuses poudres. Tout à coup, je sens que tout le monde qui passe nous dévisage. Je prends un peu de recul et j’observe le portrait.

Ma blonde a les cheveux blonds au vent et elle est habillée en rose fluo. Je suis habillé tout en noir, je dépasse tout le monde d’au moins deux têtes et on est les seuls blancs à des milles à la ronde. Je me dis que mon sac à dos doit bien contenir, juste en électronique, l’équivalent du salaire annuel de n’importe qui ici. En plus, notre auto louée est quelque part dans la rue sans surveillance et contient, elle, tous nos bagages.

Je me souviens alors du conseil donné par des gens à Johannesburg de toujours rouler les portes barrées pour éviter les carjacking (vol d’auto à la pointe du fusil quand tu t’arrêtes à une lumière). Pas certain que ce genre de personne aurait beaucoup de gêne à briser une vitre et à la vider de notre linge sale. En même temps, j’ai pas vraiment envie d’avoir à refaire ma garde-robe en Afrique du Sud. Rien vu à ma taille ici jusqu’à présent!

Je dis à ma blonde en payant le garam masala qu’il faudrait bien qu’on y aille. Elle voit pas pourquoi et résiste un peu.

-Écoute chérie que je réponds! En tant que responsable du département de la sécurité de notre couple, j’ai décidé qu’on finirait ton magasinage d’épices sur la rue Jean-Talon. On sort d’ici!

Il devait y avoir quelque chose de spécial dans mon visage parce qu’elle m’a suivi sans dire un mot. Plus de peur de que mal heureusement, on a vite retrouvé l’auto et continué notre chemin.

De l’eau!

« Day Zero », c’est le nom qu’ils ont donné à la date où il n’y aura plus d’eau potable à Cape Town, une ville de trois millions d’habitants. Cette date était initialement le 2 avril, a été reportée en juillet, et puis à 2019. Ce jour-là, s’il arrive, les 6 barrages qui fournissent la ville en eau seront vides et l’alimentation en eau potable sera fermée. C’est une des villes les plus riches ici. On y retrouve une station balnéaire, des hôtels branchés et plein de commerces reliés au tourisme. Ça ressemble plus à Miami qu’au village de Simba disons.

Quand « day zero » arrivera, les gens devront aller à un des 200 points de ravitaillement qui seront mis en place pour aller chercher leur ration de 25 litres quotidienne. Comme la plupart des gens n’ont pas d’auto, imaginez le bordel pour les personnes âgées ou les mères célibataires.

Partout, les gazons sont jaunis, les piscines vides et les voitures sales. On voit partout des affiches comme celles-ci!

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Si la population arrivait à restreindre sa consommation à 50 litres par personne par jour, les barrages pourraient continuer à fournir. Sonya et moi avons réussi à le faire, le plus dur étant de limiter la douche à 2 minutes.

Depuis le début de l’initiative de réduction, ils ont réduit leur consommation de plus de 50%, passant de 1.2 milliards de litres par jour à 523 millions aujourd’hui. L’objectif est d’arriver à 450 millions de litres, soit un autre 15%, pour éviter le fameux « day zero ». La solution à long terme passe probablement par des usines de désalinisation que les riches ne veulent pas payer parce qu’ils paient déjà assez et que les pauvres ne veulent pas chez eux parce qu’ils vivent déjà avec bien moins que 50 litres par jour sans avoir à endurer ces usines chez eux.

On a qu’à penser aux conséquences directes que ça pourrait avoir chez nous si une telle mesure devait s’appliquer. Difficile d’imaginer que rien ne coule quand on ouvre le robinet! On peut comprendre pourquoi ils sont à mettre en place une police de l’eau qui va littéralement couper l’eau aux abuseurs.

C’est assez encourageant et inspirant, je trouve. J’espère qu’on saura être aussi créatif et réactif face au gaz à effet de serre!

En résumé

Je vous recommande fortement ce pays à visiter. Le dépaysement est total, les gens sont super, la bouffe est excellente et malgré ce qu’on peut entendre, je n’y ai rien vu de dangereux, à part quelques lions et crocodiles! 🙂

J’ai pas encore fini de faire le ménage, mais voici quelques-unes des photos prises au cours de la dernière semaine.

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Publié par

masabbatique

Entrepreneur techno, adepte de technologies et de voyages. Je détaille ici les expériences vécues lors de mon année sabbatique débutée en mars 2016.

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